Nuits mouillées, nuits gâchées

26.01.2024

Auteur du texte: L'équipe SleepDoctor

Les pipis nocturnes intempestifs des enfants peuvent perturber leur sommeil et celui de leurs parents. L’apprentissage de la propreté diurne et nocturne est une tâche de longue haleine pour l’enfant. Quand cet apprentissage est trop retardé, la vie quotidienne de l’enfant et son équilibre psychologique peuvent être perturbés.

Faire pipi au lit la nuit : cela arrive à beaucoup d’enfants et cela interrompt leurs nuits et celles de leurs parents. Quand ces accidents sont fréquents, les médecins parlent d’énurésie, un trouble du contrôle des sphincters de la vessie qui survient le plus souvent la nuit pendant le sommeil.

L’acquisition de la propreté chez l’enfant ce n’est pas automatique

L'acquisition du contrôle du sphincter de la vessie s’étale sur plusieurs années. Elle dépend du développement physique et psychologique de l'enfant et de l’éducation qu’il reçoit.

  • Lors de sa première année de vie, l'action d'uriner est pour l’enfant un simple réflexe, conditionné par la pression de la vessie, au-delà d'un certain seuil.
  • Vers la fin de la première année, il urine de manière consciente et volontaire. Il est capable de signaler qu'il en a envie par des mots ou des gestes.
  • À ses 18 mois, il peut dire à ses parents s'il est mouillé. Il apprend où et comment il doit faire pipi. L’enfant commence à aller sur le pot ou aux toilettes de façon quotidienne.
  • À ses deux ans, il peut déjà être propre pendant la journée.
  • À partir de ses trois ans, l’action d’uriner — la miction — se régule automatiquement. En principe, l'enfant peut dormir sans accident, notamment durant la sieste. En cas d'envie d’uriner, il est apte à contracter volontairement le sphincter et les muscles du périnée.

Le saviez-vous ? : À trois ans, environ 15 à 20 % des enfants sont propres la nuit. 90 % des enfants ont acquis la propreté nocturne à cinq ans. On ne peut donc pas à proprement parler d’énurésie avant cinq ans [1].

Une hormone aux commandes de nos nuits

Durant notre sommeil, notre corps sécrète une hormone antidiurétique (ADH) ou vasopressine.
Cette hormone :
  • réduit la production d’urine,
  • évite production trop importante d’urine au cours de la nuit (polyurie),
  • maximise la conservation d’eau dans le corps à un moment où il n’a plus aucun l’apport d’eau.
Elle est sous influence du rythme circadien. Durant la phase tardive du sommeil, notre horloge centrale libère davantage d’ADH dans le sang, réduisant de 50 % la production d’urine [2].

L’énurésie est caractérisée par au moins deux accidents nocturnes par semaine après l’âge de cinq ans [3]. C’est un trouble fréquent qui touche environ 10 % des enfants de cinq à dix ans. Le pourcentage d'enfants présentant une énurésie nocturne baisse avec l'âge.

L’énurésie concerne environ :
  • 11 % des enfants entre 5 et 7 ans,
  • 2 à 3 % à l'adolescence [4].
Elle est plus courante chez les garçons que chez les filles [5].
Vous souffrez peut-être d’apnée du sommeil
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Énurésie primaire ?

On parle d’énurésie nocturne primaire lorsque l’enfant n’a jamais réussi à contrôler sa vessie pendant la nuit, à un âge où la propreté est généralement acquise. C'est la forme la plus fréquente. Elle représente 75 % à 85 % des cas d'énurésie [6]. Le plus souvent, elle correspond à un retard dans le processus naturel de maturation de la vessie, au point que pour certains pédiatres, l’énurésie nocturne primaire devrait être considérée comme une variation du développement normal du contrôle de la vessie. L’énurésie primaire n’est généralement pas d’origine psychologique.

Elle peut être favorisée par d’autres facteurs :
  • une polyurie nocturne due à une baisse de production de l’hormone ADH,
  • une vessie plus petite que la moyenne,
  • une capacité vésicale réduite (signalée par des mictions peu abondantes répétées),
  • des facteurs génétiques,
  • des difficultés de réveil nocturne (sommeil trop profond),
  • des facteurs périnataux comme la prématurité,
  • un trouble avec déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) [7].
Le saviez-vous ? Dans 30 à 60 % des cas d’énurésie primaire, on trouve d'autre cas d’énurésie dans la famille ascendante de l’enfant [8].

Ou énurésie secondaire ?

L’énurésie est dite secondaire lorsque l’incontinence se déclare de nouveau après des mois ou des années sans accident. Dans la majorité des cas, ce trouble disparaît en quelques semaines, une fois sa cause identifiée et remédie. De nombreux facteurs physique ou le plus souvent psychologiques, comme un changement facteur de stress émotionnel, peuvent intervenir pour causer une énurésie secondaire :
  • Infection urinaire,
  • Diabète de type 1 [9],
  • Apnée du sommeil,
  • Naissance d’un frère ou d’une sœur,
  • Déménagement,
  • Changement de mode de garde,
  • Difficultés rencontrées à l’école, etc.

Comment réagir ?

Très souvent, ces accidents nocturnes vont peu à peu s’espacer avant de disparaître complètement d’eux-mêmes. Dans cette attente, on peut aider son enfant en l’incitant son enfant à boire peu le soir, à éviter les boissons gazeuses ou contenant de la caféine ainsi que les potages trop liquides et en lui rappelant régulièrement d’aller faire pipi avant de se coucher. Patience et réassurance permettront d’accompagner au mieux l’enfant.
Cependant, dans certains cas, ces accidents involontaires et incontrôlés peuvent avoir des conséquences sur l’enfant et sur son entourage :
  • baisse de l'estime de soi pour l'enfant,
  • perturbations de la vie familiale et sociale.

Il est alors nécessaire d’intervenir. Premier réflexe, en parler à votre médecin de famille. Celui-ci rassurera l’enfant et sa famille en rappelant que ce trouble est lié à des anomalies transitoires qui finiront par disparaître avec le temps (sommeil très profond, inaptitude à se retenir, etc.). Il apportera également un maximum d’informations sur les mécanismes de ce trouble : schéma de l'appareil urinaire, principes de la miction. Il pourra également diligenter des investigations si nécessaires, proposer des méthodes éducatives comportementales, voire des traitements médicamenteux dans certains cas.

Le saviez-vous ? : Lorsque l’énurésie n’a pas de cause physiologique, l’hypnose peut se révéler très efficace. Cette technique permet à l’enfant de reprendre le contrôle de son corps en seulement quelques séances.

À retenir :
  • Avant cinq ans, on ne parle pas d’énurésie chez l’enfant.
  • L’énurésie nocturne primaire est caractérisée lorsque l’enfant n’a jamais réussi à contrôler sa vessie.
  • L’énurésie secondaire est causée par d’autres pathologies (apnée, diabète) ou par un stress émotionnel.
Sources
[1] Société canadienne de pédiatrie, La prise en charge de l’énurésie nocturne primaire, Paediatr Child Health. 2005 Dec; 10(10), p. 616–620
[2] Nguyen V., Comment l’horloge interne garantit une nuit sans boire ni uriner, Nature Neuroscience, (2010), 10.1038
[3] Aubert, D. et al. Énurésie nocturne primaire isolée : diagnostic et prise en charge. Recommandations par consensus formalisé d’experts, Progrès en urologie, Volume 20, Issue 5, May 2010, p. 343-349
[5] Société canadienne de pédiatrie, La prise en charge de l’énurésie nocturne primaire, Paediatr Child Health. 2005 Dec; 10(10), p. 616–620
[7] 10 % des enfants souffrant d’énurésie souffrent d’un TDA/H, d’après les chiffres de l’Assurance Maladie, https://www.ameli.fr/sante/themes/pipi-lit-enuresie/que-faire-quand-consulter
[9] Dans ce cas, l’enfant augmente généralement sa consommation de liquide de manière significative pendant la journée et la soirée.
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Dr Thierry CASTERA, rédacteur médical