Sommeil chez la femme : l'injustice jusqu'au bout de la nuit

07.03.2023
Auteur du texte
L'équipe SleepDoctor
Révisé par le Docteur
Article vérifié
Notre équipe éditoriale, ainsi que nos experts médicaux étudient chaque article avec soin, pour s’assurer de la précision des informations et de la fiabilité des sources
Contenu à jour
Nous vérifions que le contenu de nos articles est en phase avec la littérature scientifique ainsi qu’avec les dernières recommandations des experts
Alors même que les femmes ont davantage besoin de dormir que les hommes, leur sommeil paraît de moins bonne qualité. Elles sont notamment plus sujettes aux troubles du sommeil, lesquels sont parfois sous-diagnostiqués, comme l’apnée du sommeil.

D’après les chiffres de l’Inserm, nous dormons en moyenne une heure trente de moins qu’il y a cinquante ans [1]. Et un adulte sur trois considère qu’il ne dort pas suffisamment pour répondre à ses besoins.

Les nuits des Français sont trop courtes

Plus d’un tiers des Français dort moins de six heures par nuit [2], ce qui est largement en dessous des sept heures minimales recommandées pour une bonne récupération [3]. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance générale : en moyenne, les Français ne dorment que 6 heures et 42 minutes sur les 24 heures qui constituent un jour plein. Horaires de travail décalés, augmentation des temps de transports ou nouvelles habitudes de divertissements – notamment une utilisation massive des écrans – sont autant de paramètres qui favorisent des endormissements plus tardifs au détriment du temps de repos... et donc provoquent une augmentation inévitable de la dette de sommeil. Celle-ci apparaît moins fréquente, quel que soit l’âge, chez les hommes que chez les femmes [4] : 23,1 % d’entre elles sont en dette sévère non compensée de sommeil. En d’autres termes, les femmes ne récupèrent pas de leurs nuits trop courtes dans la semaine par un allongement de leur durée de sommeil à d’autres moments, comme le week-end. Seuls 14,3 % des hommes sont dans la même situation [5].

Le manque de sommeil altère la santé

Qu’il s’agisse d’une nuit de mauvaise qualité ou trop courte, les troubles du sommeil ont des conséquences indéniables sur la santé : ils quadruplent par exemple le risque d’attraper un rhume. Obésité, hypertension, pathologies cardiaques, accidents… De nombreuses études épidémiologiques montrent que dormir moins de six heures par nuit augmente les risques d’en souffrir – jusqu’à 28 % supplémentaires pour le diabète de type 2 [6] !

La privation de sommeil altère aussi les capacités mnésiques et le temps de réaction motrice. Ces nuits trop courtes réduisent la vigilance dans la journée, augmentent l’irritabilité, perturbent les relations familiales comme la qualité de vie et de travail [7]. Autant de conséquences délétères pour les femmes.
Dépistage gratuit en ligne
Prenez 3 minutes pour évaluer votre risque d'apnée du sommeil
Dr Thierry CASTERA, médecin du sommeil

Hommes - Femmes : des besoins différents

C’est d’autant plus dommageable qu’il est scientifiquement prouvé que
les femmes ont des besoins supérieurs aux hommes en matière de sommeil [8], alors que leur sommeil est de moindre qualité. Si elles s’endorment plus rapidement [9] et passent plus de temps en sommeil profond (stade 3) et moins de temps en sommeil léger (stade 1) [10], les femmes souffrent de troubles du sommeil plus importants : tandis que 13,9 % de la population adulte souffre d’insomnie chronique [11] – laquelle se définit comme un manque ou une mauvaise qualité de sommeil qui retentit le lendemain sur les activités diurnes physiques, psychiques et sociales [12] –, les femmes sont environ deux fois plus nombreuses que les hommes à être touchées par ce mal, et ce quel que soit leur âge [13].

Hormones et repos : une relation compliquée

Les hormones paraissent jouer un rôle important et expliqueraient en partie les différences de sommeil entre les sexes. En effet, les femmes subissent davantage de variations hormonales au cours de leur vie, variations qui impactent leur qualité de sommeil et affectent leur rythme circadien [14]. Ainsi, pendant leurs règles, leur sommeil est de moins bonne qualité et elles souffrent davantage de fatigue et d’accès de somnolence dans la journée [15]. Cinq jours par mois pendant 38 ans en moyenne, ça en fait des mauvaises nuits !

Grossesse et insomnie font bon ménage

Pendant la grossesse, les femmes peuvent souffrir du syndrome d’impatience des membres à l’éveil retarde leur endormissement… ce qui peut durer jusqu’à la fin du post-partum (la période entre l’accouchement et le retour des règles) [16] ! Elles sont également plus sujettes à l’apnée du sommeil pendant ces deux périodes [17].
Dès le premier trimestre de grossesse, les modifications hormonales peuvent être source d’insomnie pour les femmes, sans parler de l’anxiété que peut générer le simple fait d’attendre un bébé. Au troisième trimestre, divers maux affectent les nuits de la mère en devenir : crampes, mal de dos, difficultés respiratoires…. un bonheur ! À tel point que, selon les experts, 64 % des femmes enceintes souffrent d’insomnie au troisième trimestre, contre 44 % au premier [18].
Durant le post-partum (qui dure plusieurs mois), elles sont encore 33,2 % à souffrir d’insomnie (contre 6,1 % avant la grossesse) [19]. Et on ne vous apprendra rien en affirmant que des réveils nocturnes peuvent survenir (un peu, beaucoup, passionnément) pendant les premières années du divin enfant… et que les femmes ne sont pas celles qui se lèvent le moins la nuit pour aller rassurer, nourrir ou changer bébé.

Ménopause et apnée du sommeil

Lors de l’arrêt des règles, les femmes sont nombreuses à expérimenter des bouffées de chaleur qui perturbent leurs nuits. Elles sont plus susceptibles de rencontrer des difficultés à s’endormir et, cerise sur l’oreiller, présentent un risque accru d’apnée du sommeil [20]. Près de 5 % des Français souffrent d’apnée du sommeil (syndrome d’apnées-hypopnées du sommeil ou syndrome SAHOS) [21], [22], ce qui se traduit par des arrêts involontaires de la respiration pendant la nuit, une pathologie fréquente et sous-diagnostiquée : seuls 2,4 % des Français ont reçu un diagnostic de SAHOS, et à peine 15 % d’entre eux ont pu bénéficier d’un enregistrement du sommeil. Le patient-type étant traditionnellement un homme en surpoids, les femmes sont largement sous-diagnostiquées du fait d’une présentation clinique atypique [23] : ronflements plus légers, score Epworth plus bas… et donc retard de diagnostic [24] alors que les patientes se plaignent de fatigue, d'insomnie, voire de troubles dépressifs ou de cauchemars.

Vous vous reconnaissez dans cette description ? Chez SleepDoctor, nous avons développé un parcours médical optimal, avec des téléconsultations et un examen à domicile, pour vous aider à diagnostiquer et traiter vos troubles du sommeil. Commencez notre test de dépistage de l’apnée du sommeil en 3 minutes.
Ce que vous devez retenir :
- Les femmes ont besoin de dormir davantage que les hommes.
- Les règles et toutes les variations hormonales impactent la qualité de leur sommeil.
- La grossesse est une période propice aux insomnies.
- À partir de la ménopause, les femmes rencontrent un risque accru d’apnées du sommeil.
Dépistage gratuit en ligne
Prenez 3 minutes pour évaluer votre risque d'apnée du sommeil
Dr Thierry CASTERA, médecin du sommeil
Sources
[2] Léger D. & Bourdillon F. Le déclin du temps de sommeil en France n’est pas une fatalité ; résultat du baromètre de santé publique France (2019), Bull. Epidemiol. hebd., 2019 (8-9), p.146-148.
[3] Léger D. et al. Le temps de sommeil, la dette de sommeil, la restriction de sommeil et l’insomnie chronique des 18-75 ans : résultat du baromètre de santé publique France (2019), Bull. Epidemiol. hebd., 2019 (8-9), p.149-160.
[4] Léger D. et al. Le temps de sommeil, la dette de sommeil, la restriction de sommeil et l’insomnie chronique des 18-75 ans : résultat du baromètre de santé publique France (2019), Bull. Epidemiol. hebd., 2019 (8-9), p.149-160.
[5] Léger D. et al. Le temps de sommeil, la dette de sommeil, la restriction de sommeil et l’insomnie chronique des 18-75 ans : résultat du baromètre de santé publique France (2019), Bull. Epidemiol. hebd., 2019 (8-9), p.149-160.
[7] Léger D. & Bourdillon F. Le déclin du temps de sommeil en France n’est pas une fatalité ; résultat du baromètre de santé publique France (2019), Bull. Epidemiol. hebd., 2019 (8-9), p.146-148.
[8] Burgard, S. A., & Ailshire, J. A. (2013). Gender and Time for Sleep among U.S. Adults. American sociological review, 78(1), p. 51–69.
[9] Krishnan, V., & Collop, N. A. (2006). Gender differences in sleep disorders. Current opinion in pulmonary medicine, 12(6), p. 383–389.
[10] Bixler, E. O., et al. (2009). Women sleep objectively better than men and the sleep of young women is more resilient to external stressors: effects of age and menopause. Journal of sleep research, 18(2), p. 221–228.
[11] Léger D. et al. Le temps de sommeil, la dette de sommeil, la restriction de sommeil et l’insomnie chronique des 18-75 ans : résultat du baromètre de santé publique France (2019), Bull. Epidemiol. hebd., 2019 (8-9), p.149-160.
[12] Définition sure Ameli.fr
[13] Léger D. et al. Le temps de sommeil, la dette de sommeil, la restriction de sommeil et l’insomnie chronique des 18-75 ans : résultat du baromètre de santé publique France (2019), Bull. Epidemiol. hebd., 2019 (8-9), p.149-160.
[14] Nowakowski, S., Meers, J., & Heimbach, E. (2013). Sleep and women’s health. Sleep Medicine Research, 4(1), p.1–22.
[15] Jehan, S.et al. (2016). Sleep and Premenstrual Syndrome. Journal of sleep medicine and disorders, 3(5), 1061.
[16] Moline, M. L., et al., V. (2003). Sleep in women across the life cycle from adulthood through menopause. Sleep medicine reviews, 7(2), 155–177.
[17] Mirer, A. G., et al., (2017). Sleep-disordered breathing and the menopausal transition among participants in the Sleep in Midlife Women Study. Menopause (New York, N.Y.), 24(2), 157–162.
[18] Roman Galvez R.M., et al. (2018) Factors associated with insomnia in pregnancy, a pespective cohor study, The European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology, fevrier 2018, p. 70-75.
[19] Roman Galvez R.M., et al. (2018) Factors associated with insomnia in pregnancy, a pespective cohor study, The European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology, fevrier 2018, p. 70-75.
[20] Sediri S., Monier Vehier C., Monaca, C.C., Prévalence du syndrome d’apnée du sommeil chez la femme ménopausée à risque cardiovasculaire, Médecine du Sommeil, Volume 14, Issue 1, March 2017, Page 21.
[21] 4, 9 % de personnes déclarent souffrir d’un SE-SAHOS, Le syndrome d’apnée du sommeil en France : un syndrome fréquent et sous-diagnostiqué, C. Furhman et al., BEH 44-45, 20 novembre 2012, p. 511.
[22] L’apnée obstructive du sommeil (SAHOS) constitue la très grande majorité des apnées du sommeil, loin devant l’apnée centrale du sommeil (ACS).
[23] Verdaguer M. et al., Pathologie pulmonaire au féminin : le SAOS de la femme, une entité particulière ?, Revue des Maladies Respiratoires, Volume 25, Issue 10, Décembre 2008, p. 1279-1288
[24] Sediri S., Monier Vehier C., Monaca, C.C., Prévalence du syndrome d’apnée du sommeil chez la femme ménopausée à risque cardiovasculaire, Médecine du Sommeil, Volume 14, Issue 1, March 2017, Page 21.
Vous avez aimé cet article ?
N’hésitez pas à le partager !