Les TCC, efficaces contre l’apnée du sommeil ?

28.07.2023

Auteur du texte: L'équipe SleepDoctor

Techniques non invasives, les thérapies cognitivo-comportementales majorent l’efficacité des dispositifs médicaux utilisés dans le traitement de l’apnée du sommeil.

Près de 5% des Français souffrent d’apnée du sommeil (syndrome d’apnées-hypopnées du sommeil ou SAHOS) [1], [2] qui se manifeste par des arrêts involontaires de la respiration pendant la nuit. Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) pourraient constituer une piste de soin prometteuse pour cette maladie chronique aux conséquences délétères à court terme (somnolence, baisse de vigilance) à court et à long terme (augmentation de la mortalité toutes causes confondues et plus particulièrement cardiovasculaire.

Pourquoi les TCC ont le vent en poupe

Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ont pour objectif de « permettre une mise à jour des modes de pensées perturbateurs », résume l’Académie de Médecine [3]. Dans le vaste domaine des psychothérapies, les TCC font partie des thérapies les plus utilisées pour « répondre aux besoins d’une personne confrontée à une souffrance psychique qu’elle ne peut résoudre seule » [4].
Pourtant, ce n’est que dans les années 50 et surtout 60 que les TCC sont nées. Et elles se sont surtout développées en France depuis les années 70.
Les TCC sont des thérapies brèves qui reposent sur une modélisation du fonctionnement humain basée sur les théories de l'apprentissage. Ainsi, des comportements ou des pensées entraînant une souffrance ou une mauvaise adaptation à son environnement social et affectif sont considérés comme les résultats d'apprentissages liés à des expériences antérieures survenues dans des situations similaires, puis maintenus par les contingences de l'environnement. Les objectifs de la thérapie sont définis par le thérapeute avec son patient. Cette dernière va permettre, grâce à de nouveaux apprentissages, de substituer à ces pensées et ces comportements des modalités plus adaptées.

TCC et apnée du sommeil : quelle relation ?

Ce courant majeur de la psychothérapie doit en grande partie son succès aux études contrôlées qui permettent de mesurer et de démontrer son efficacité de façon scientifique. Cet atout n’a pas échappé aux médecins du sommeil. En effet, les TCC sont efficaces face aux troubles du sommeil, comme pour l’insomnie par exemple où elle est présentée comme traitement de première intention [5]. Les scientifiques s’intéressent d’autant plus aux TCC que les troubles du sommeil affectent une part importante de la population, et ce, de façon croissante.
En France, une personne sur 3 dort moins de 6 heures par nuit [6], ce qui est largement en dessous dès 7 heures minimales recommandées pour une bonne récupération [7]. Et ce phénomène s’aggrave avec le temps : d’après les chiffres de l’Inserm, nous dormons en moyenne 1h30 de moins qu’il y a 50 ans [8].
Et quand nos nuits ne sont pas trop brèves, il arrive qu’elles soient tout de même peu récupératrices. Ainsi, un tiers de la population française présente des symptômes d’insomnie.

Le saviez-vous ? : Face à une insomnie chronique, la Haute Autorité de la Santé recommande, depuis 2006, un traitement par TCC en première intention [9].
Vous souffrez peut-être d’apnée du sommeil
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Faciliter l’observance des traitements de l’apnée du sommeil

Les TCC ont également toute leur place pour faciliter l’adhésion du patient au traitement de l’apnée du sommeil. En fonction du degré de sévérité du SAHOS diagnostiqué, celui-ci peut être traité par :
- Pression positive continue (PPC)
- Orthèse d'avancée mandibulaire.

Pour que ces traitements fonctionnent, ils doivent être utilisés régulièrement et plusieurs heures par nuit. Ainsi, une personne souffrant d’apnée doit porter son masque PPC au minimum quatre heures par nuit pour qu’il soit réellement efficace [10]. Or ces dispositifs médicaux peuvent être difficiles à porter pour les patients. Les durées réelles de traitement sont souvent modestes et insuffisantes [11]. Et 20 % des patients abandonnent leur traitement de PPC après une ou plusieurs années de traitement [12]. Dans ce cadre, les scientifiques ont montré l’efficacité TTC pour faciliter l’acceptation du traitement dès le début et augmenter l’observance de celui-ci à long terme [13].
Les TCC permettent d’améliorer la compliance au traitement [14]. Y compris lorsqu’elles sont de très courte durée, les TCC sont efficaces pour réduire le taux d’abandon précoce du traitement [15]. Elles permettent également d’identifier les patients qui auront besoin de plus de soutien et de suivi [16].

Les TCC sont-elles efficaces contre l’apnée du sommeil ?

En outre, combinées aux traitements classiques de l’apnée du sommeil, les TCC améliorent rapidement la qualité du sommeil du patient en allongeant la durée de sommeil et en le rendant plus efficace. Les TCC permettent en effet de réduire la durée d’endormissement et celle des phases d’éveils pendant la nuit [17].

Le SAHOS génère des micro-éveils dont le dormeur n’est pas nécessairement conscient et qui nuisent à l’architecture du sommeil. En outre, la quantité d’oxygène transportée dans le sang du patient diminue (hypoxémie). Ces deux phénomènes ont une conséquence sur la santé et la qualité de vie du patient.
À court terme, il peut éprouver :

  • une somnolence diurne avec baisse de vigilance,
  • des difficultés à conduire (augmentation du risque d’accident de la route et d’accident du travail),
  • des problèmes de mémoire,
  • une diminution de sa concentration,
  • des troubles de l’humeur.

L’utilisation des TCC réduit la somnolence diurne provoquée par l’apnée du sommeil [18]. Les TCC ont également fait preuve de leur efficacité contre les conséquences cognitives du SAHOS. Une recherche menée en Iran [19] montre que l’utilisation combinée du traitement par PPC avec les TCC constitue la stratégie la plus efficace en la matière. Une nouvelle voie prometteuse de traitement pour tous les patients souffrant de SAHOS.
À retenir :

- Les TCC facilitent l’acceptation du traitement de l’apnée du sommeil et prolongent la durée d’utilisation des dispositifs médicaux.
- Combinées aux traitements classiques, les TCC améliorent la qualité et la durée de sommeil du patient apnéique et diminuent la somnolence diurne.
- Combinées aux traitements classiques, les TCC traitent efficacement les troubles cognitifs liés à l’apnée du sommeil.
Sources

[1] 4,9% de personnes déclarent souffrir d’un SE-SAHOS, Le syndrome d’apnée du sommeil en France : un syndrome fréquent et sous-diagnostiqué, C. Furhman et al., BEH 44-45, 20 novembre 2012, p. 511.
[2] L’apnée obstructive du sommeil (SAOS) constituent la très grande majorité des apnées du sommeil, loin devant l’apnée centrale du sommeil (ACS)
[3] https://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2022/02/Rapport-22-01-Psychoth-rapies-une-n-cessa_2022_Bulletin-de-l-Acad-mie-Nat.pdf
[4] https://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2022/02/Rapport-22-01-Psychoth-rapies-une-n-cessa_2022_Bulletin-de-l-Acad-mie-Nat.pdf
[5] Tassi, P., La thérapie comportementale et cognitive : un traitement non pharmacologique de l’insomnie, Hegel 2019/3 (N° 3), page 234.
[6] Léger D. & Bourdillon F. Le déclin du temps de sommeil en France n’est pas une fatalité ; résultat du baromètre de santé publique France (2019), Bull. Epidemiol. hebd., 2019 (8-9), p.146-148.
[7] Picard, A., Trouble du sommeil chez l'enfant et l'adolescent, La lettre de l'enfance et de l'adolescence 2008/1, n° 71, p. 53-62
[8] https://www.inserm.fr/dossier/sommeil/
[9] http://www.bichat-larib.com/source/docs/guide_insomnie.pdf
[10] Kribbs NB, Pack AI, Kline LR, et al. Objective mea-surement of patterns of nasal CPAP use by patients withobstructive sleep apnea. Am Rev Respir Dis 1993;147, p. 887-95.
[11] Krieger J, Kurtz D, Petiau C, Sforza E, et al. Long-term compliance with CPAP therapy in obstructive sleepapnea patients and in snorers. Sleep 1996;19:, p.136-143.
[12] SweetmanA et al., Cognitive and behavioral therapy for insomnia increases the use of continuous positive airway pressure therapy in obstructive sleep apnea participants with comorbid insomnia: a randomized clinical trial, Sleep, Volume 42, Issue 12, December 2019, p.178.
[13] SweetmanA et al., Cognitive and behavioral therapy for insomnia increases the use of continuous positive airway pressure therapy in obstructive sleep apnea participants with comorbid insomnia: a randomized clinical trial, Sleep, Volume 42, Issue 12, December 2019, p.178.
[14] D’Rozario, A.L., Galgut, Y. & Bartlett, D.J. An Update on Behavioural Interventions for Improving Adherence with Continuous Positive Airway Pressure in Adults. Curr Sleep Medicine Rep 2, (2016), p.166–179.
[15] Aloia M, Smith K, Arnedt JT, Milman R, Stanchina M, Carlisle C, et al. Brief behavioral therapies reduce early positive airway pressure discontinuation rates in sleep apnea syndrome: preliminary findings. Behavorial Sleep Medicine. 2007;5, Vol. 2, p.89–104.
[16] Bartlett D, Wong K, Richards D, Moy E, Espie CA, Cistulli PA, et al. Increasing adherence to obstructive sleep apnea treatment with a group social cognitive therapy treatment intervention: a randomized trial. Sleep. 2013; 36, Vol. 11, p.1647–54.
[17] Alice Y. Tu et al. A randomized controlled trial of cognitive behavioral therapy for insomnia and PAP for obstructive sleep apnea and comorbid insomnia: effects on nocturnal sleep and daytime performance, Journal of Clinical Sleep Medicine, (2022)18, Vol. 3, p.789-800.
[18] Alice Y. Tu et al. A randomized controlled trial of cognitive behavioral therapy for insomnia and PAP for obstructive sleep apnea and comorbid insomnia: effects on nocturnal sleep and daytime performance, Journal of Clinical Sleep Medicine, (2022)18, Vol. 3, p.789-800
[19] Telebi M. et al, Application of Cognitive-behavioral Therapy in Obstructive Sleep Apnea: Comparison of CPAP Therapy and CBT on the Executive Functions of the Brain, Sleep and Hypnosis (2017), 20, n°3,
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Dr Thierry CASTERA, rédacteur médical