La musique au chevet des personnes souffrant de troubles du sommeil

11.09.2023

Auteur du texte: L'équipe SleepDoctor

La musique peut-elle guérir les troubles du sommeil ? La médecine du sommeil s’intéresse à
la musicothérapie, une forme alternative de traitement. Cet outil thérapeutique est d’autant plus valorisé qu’il est peu invasif et que les troubles du sommeil augmentent fortement.

La musique adoucit les mœurs, l’adage est bien connu… Et si la musique nous aidait
également à passer des nuits de qualité ? Cette promesse, c’est celle de la musicothérapie et elle est prise au sérieux par la médecine du sommeil toujours en recherche de nouveaux traitements.

La musique pour soigner

Utiliser la musique pour soigner, c’est la raison d’être de la musicothérapie. D’après la
définition qu’en donne la Fédération Française de la Musicothérapie, la musicothérapie
est « une pratique de soin, d’aide, de soutien ou de rééducation qui consiste à prendre en
charge des personnes présentant des difficultés de communication et/ou de relation. Il
existe différentes techniques de musicothérapie, adaptées aux populations concernées :
troubles psychoaffectifs, difficultés sociales ou comportementales, troubles sensoriels,
physiques ou neurologiques. La musicothérapie s’appuie sur les liens étroits entre les
éléments constitutifs de la musique et l’histoire du sujet. Elle utilise la médiation sonore
et/ou musicale afin d’ouvrir ou restaurer la communication et l’expression au sein de la
relation dans le registre verbal et/ou non verbal ».

Une discipline jeune

Dans le champ médical, c’est une discipline jeune. La musicothérapie se développe dans
les années 40 et 50 comme une forme alternative de traitement. Elle est notamment
utilisée auprès de soldats convalescents pour tenter de soulager leurs traumatismes de
guerre. Elle est donc d’abord développée dans le champ de la psychiatrie.
En France, Jacques Jost est un pionnier de cette discipline. Dès 1954, il pose l’hypothèse
qu’il est possible de soigner avec la musique. Il appuie ses travaux sur les apports du Laboratoire d’Encéphalographie de la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale,
à la Faculté de Médecine de Paris. Le premier congrès mondial de musicothérapie se tient en France en 1974 à l’hôpital Pitié-Salpêtrière.

Des troubles du sommeil qui augmentent

La musicothérapie est une intervention médicale non invasive, peu coûteuse, ce qui en
fait un outil thérapeutique intéressant dans la prise en charge des troubles du sommeil.
En effet, ces derniers sont fréquents et en augmentation. Nous dormons peu et mal. En
France une personne sur trois dort moins de 6 heures par nuit [1], ce qui est largement en
dessous des 7 heures minimales recommandées pour une bonne récupération [2]. Et ce
phénomène s’aggrave avec le temps : d’après les chiffres de l’Inserm, nous dormons en
moyenne une 1 heure 30 de moins qu’il y a 50 ans [3]. Cette tendance touche toutes les
catégories de la population, hommes, femmes, enfants. Les troubles du sommeil sont
largement partagés. L’insomnie est le trouble du sommeil le plus répandu.

Un tiers de la population générale manifeste un ou plusieurs symptômes d’insomnie [4], à
savoir :
- difficultés pour s’endormir,
- réveil pendant la nuit avec difficultés pour se rendormir,
- réveil trop matinal assorti d’une incapacité de se rendormir.

Et l’épidémie de COVID-19 a augmenté la prévalence des troubles du sommeil au point
que certains n’hésitent pas à parler d’une épidémie secondaire de « coronasomnie ». La consommation de somnifères a augmenté dans la population générale, notamment chez
les jeunes, conclut une étude récente [5].

Le saviez-vous ?
Les troubles du sommeil ont des conséquences très concrètes sur notre santé. La relation est même mathématique. Ainsi, des nuits trop courtes (moins de 6 heures de sommeil) multiplient par 4 le risque de contracter un rhume.
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Musicothérapie et insomnie

L’effet de la musique sur l’amélioration du sommeil en population générale est bien documenté par les neurosciences. La musique améliore le sommeil et augmente sa qualité [6]. Les chercheurs ont mis en évidence les effets bénéfiques de l’écoute de là musique sur un certain nombre de fonctions physiologiques :
- rythme cardiaque,
- respiration,
- tension artérielle [7].

C’est pourquoi la musique est de plus en plus souvent utilisée dans le champ médical,
notamment en médecine du sommeil.
Des études scientifiques se sont intéressées à l’efficacité de la musicothérapie pour soigner les troubles du sommeil.
Une méta-analyse portant sur les effets de la musicothérapie pour des patients hospitalisés souffrant d’insomnie a étudié les effets de l’écoute de 30 minutes de musique douce le soir. Les patients hospitalisés présentent fréquemment des difficultés de sommeil dues au bruit et aux lumières de l’environnement hospitalier, à leurs douleurs éventuelles ainsi qu’à leur niveau d’anxiété. Les chercheurs ont observé que cette écoute favorisait un sommeil de meilleure qualité [8]. D’autres études menées sur des patients hospitalisés à la suite d’interventions chirurgicales ont abouti à des résultats relativement similaires [9].
Les chercheurs se sont également penchés sur les effets de là l'écoute de la musique sur des patients âgés atteints de troubles du sommeil [10] et sur des adultes souffrant d’insomnie [11]. Cependant, soulignent les chercheurs, seule l’utilisation de la polysomnographie permettrait de préciser les interactions exactes entre musique et sommeil.

À retenir

  • La musicothérapie est une discipline jeune. Elle s’est développée dans les années 40 et 50 comme une forme alternative de traitement.
  • Les troubles du sommeil sont en augmentation. Nous dormons moins et plus mal. La pandémie de Covid-19 a majoré ce phénomène
  • La musicothérapie a fait preuve de son efficacité auprès de patients hospitalisés mais aussi auprès de personnes âgés souffrant de troubles du sommeil ou d’adultes souffrant d’insomnies.
Sources

[1] Léger D. & Bourdillon F. Le déclin du temps de sommeil en France n’est pas une fatalité ; résultat du baromètre de santé publique France (2019), Bull. Epidemiol. hebd., 2019 ( 8-9), p.146-148
[2] Léger D. et al. Le temps de sommeil, la dette de sommeil, la restriction de sommeil et l’insomnie chronique des 18-75 ans : résultat du baromètre de santé publique France (2019), Bull. Epidemiol. hebd., 2019 ( 8-9), p.149-160.
[3] https://www.inserm.fr/dossier/sommeil/
[4] Haute Autorité de Santé, Recommandations, Prise en charge du patient adulte se plaignant d’insomnie en médecine générale, décembre 2006.
[5] Hartley S. et al., L’utilisation des hypnotiques a-t-elle augmenté depuis la crise sanitaire ? Une étude des bases de données Morphée, Médecine du sommeil, mars 2023, Vol. 20, p.53
[6] Aritake –Okadia S. Non pharmalogocal self-management of seleep among yhe jamanese general population, J Clin Sleep med. 2009, 5, p. 464-469
[7] Barnardi L. et al. Dynamic intercations betwwen musical cardiovascular and cerebral rythms in humans, circulation 2009, 119, p. 3171-3180
[8] Jespersen, Kira.J, The effect of music on sleep in hospitalized : a systematic review and meta-analysis, Sleep Health, Journal of the Sleep Foundation, mars 2023,
[9] Kakar, E. Music intervention for sleep quality in critically ill and surgical patients, a meta analysis, BM Open, 2005
[10] Chen CT et al. Effet of music therapy on improving sleep quality in older adults, a systematic review and meta-analysis, J Ann Geriar. Soc 2011, 69 (7) p. 1925-1932
[11] Jespersen KV et al., Listening to music for insomni in adults, Cocharne Database Sys. Rev, 2022(8)
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Dr Thierry CASTERA, rédacteur médical