Senior : comment le sommeil change avec l’âge

22.06.2023
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Si les nuits des seniors sont suffisamment longues, elles s’avèrent parfois peu récupératrices. L’architecture du sommeil évoluant avec l’âge, de nombreux seniors souffrent de troubles du sommeil.

Le sommeil serait-il le secret de la longévité ? Difficile de répondre à cette question tant de nombreux facteurs entrent en jeu. Ce dont on est certain, c’est que bien dormir aide à bien vieillir.

Des besoins de sommeil globalement satisfaits

En la matière, les seniors (à partir de 50 ans) apparaissent plutôt bien lotis. Ils dorment en effet, en moyenne 7 heures et 13 minutes en semaine et 7 heures et 30 minutes le week-end [1]. Ces chiffres sont légèrement supérieurs à ceux que l’on observe chez les 18–55 ans : seulement 6 heures et 58 minutes de sommeil par 24 heures [2].

Contrairement aux idées reçues, nos besoins en sommeil diminuent peu à mesure que nous prenons de l’âge. De 8 heures par jour pour un adulte en bonne santé, les besoins en sommeil passent à environ 7 heures par jour une personne âgée de 70 ans. Les plus âgés d’entre nous dorment donc suffisamment. Cependant, la qualité des nuits n’est pas toujours au rendez-vous. 22 % des seniors interrogés se plaignent de leur sommeil. En réalité, lorsque nous avançons en âge, l’architecture de nos nuits se modifie, et cette évolution peut impacter la qualité du sommeil.

Avec l’âge, la structure du sommeil se modifie

Premier changement observé : les besoins de sommeil se répartissent différemment sur 24 heures. Chez les 42 % de seniors qui rapportent faire la sieste, la fréquence de celle-ci augmente de façon linéaire avec l’âge :

- 50-60 ans : 3,3 siestes par semaine
- 61-70 ans : 4,1 siestes par semaine
- 71-80 ans : 4,7 siestes par semaine
- Plus de 80 ans : 5,9 siestes par semaine [3].

Autre modification qui n’apparaît qu’à partir de 80 ans : l’allongement du temps d’endormissement. Il dure 25 minutes, contre 11 minutes pour les 50-79 ans.

Surtout, l’architecture du sommeil est amenée à changer avec l’âge. Pour mémoire, le sommeil profond occupe en moyenne à peu près 20 % de nos nuits, ce qui correspond à-peu-près à la part du sommeil paradoxal. Le reste de notre nuit se partage entre sommeil léger, somnolence et périodes de micro-éveils. Le pourcentage de sommeil lent profond – la phase la plus réparatrice de nos nuits – décroît linéairement à mesure que l’âge augmente de 2 % par décennie environ [4]. À partir de 40 ans, il baisse de 3 % tous les 10 ans [5].
Chez les plus de 60 ans, on observe également une réduction de la part de sommeil paradoxal, qui permet notamment de consolider la mémoire, comparé aux jeunes adultes [6]. La durée des réveils nocturnes augmente, quant à elle, uniformément d’environ 10 minutes par décennie à partir de 30 ans [7].
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Quand le rythme circadien s’en mêle

Réduction de l’activité physique, ralentissement des activités sociales, sédentarité accrue : ces facteurs qui impactent la qualité du sommeil. Ils perturbent en effet le rythme circadien, ce cycle d’environ 24 heures qui régule nos principales fonctions biologiques, physiologiques et comportementales et permet l’adaptation à l’alternance jour/nuit.
Le rythme circadien est en permanence régulé par des éléments synchronisateurs tels que la lumière, la température, l’alimentation ou l’activité physique.

De tous, la lumière est la plus importante. Elle est indispensable au bon fonctionnement du cycle circadien. La diminution des sorties à l’extérieur du fait de la fatigue ou de douleurs articulaires réduit donc l’exposition à la lumière naturelle. De plus, la diminution de l’acuité visuelle contribue à une moins bonne perception de cette lumière. Autant de facteurs qui viennent dérégler le rythme circadien qui nous permet de caler nos rythmes de sommeil sur l’alternance jour/ nuit.

Progressivement, le rythme circadien de la personne âgée s’affaiblit et se désynchronise, avec une période de veille-sommeil sur 24 heures moins consistante [8]. Le sommeil se décale (endormissement plus tôt ou avance de phase). Il se fragmente avec des siestes multipliées et le sommeil de nuit court et entrecoupé [9].

Lorsque la personne âgée vit en institution, les troubles du rythme circadien sont généralement majorés [10]. La vraie bonne nouvelle c’est que ce phénomène n’est pas inéluctable. Il peut s’inverser. Ainsi, l’exposition le matin à une lumière vive pendant 30 à 60 minutes optimise la qualité du sommeil des sujets âgés [11].

Des nuits peu récupératrices

Ces nuits peu récupératrices peuvent être source de somnolence diurne. Elles ont aussi des conséquences en terme cognitif. 35 % des personnes âgées somnolentes dans la journée souffrent ainsi de troubles de la mémoire [12]. Les nuits hachées peuvent également majorer un risque de dépression, un trouble psychique fréquent chez les personnes âgées.
Au sein des seniors qui se plaignent de mal dormir, 72 % relatent des insomnies [13]. Ils sont 38 % à décrire des cauchemars agités et les rêves intenses [14]. 36 % se plaignent de décalage des horaires de sommeil [15], 18 % du syndrome des jambes sans repos [16] et 21 % du syndrome d’apnées du sommeil [17].

Par ailleurs, avec l’âge, la prévalence des troubles respiratoires du sommeil augmente. La désynchronisation du rythme circadien, l’affaiblissement musculaire, les changements hormonaux peuvent aggraver ou provoquer l’apparition d’un syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS). L’apnée du sommeil est fréquente chez les personnes âgées et sous-diagnostiquée. Or le SAHOS a des conséquences particulièrement délétères en matière cardiovasculaire (hypertension artérielle, troubles du rythme cardiaque, etc) ou encore métabolique (diabète 2 notamment).
S’y ajoutent pour les plus âgés : une aggravation des troubles de l’équilibre et du risque de chutes ou encore des épisodes de confusion nocturne. Pourtant, des traitements efficaces existent. Et les seniors peuvent tout à fait en bénéficier pour une meilleure qualité de vie.

Ce qu’il faut retenir :
  • Les seniors dorment suffisamment, mais leurs nuits peuvent être peu récupératrices
  • L’architecture de leur sommeil est modifiée avec une diminution du temps de sommeil profond et de sommeil paradoxal
  • Le rythme circadien de la personne âgée tend à s’affaiblir et à se désynchroniser progressivement.
Sources

[1] Quand le sommeil prend de l’âge, Enquête INSV/BVA/MGE, Janv. 2010
[2] Ze Wang, PhD et al., Children Who Lack Sleep May Experience Detrimental Impact on Brain and Cognitive Development That Persists Over Time, Lancet Child and Adolescent Health, 2022
[3] Quand le sommeil prend de l’âge, Enquête INSV/BVA/MGE , Janv. 2010
[4] Patients identifiés par l’assurance maladie en 2019, chiffres du ministère de la Santé et de la Prévention
[5] Corman, B., Le sommeil des seniors, Gérontologie et société 2006/1 (vol. 29 / n° 116), p. 45-61
[6] Corman, B., Le sommeil des seniors, Gérontologie et société 2006/1 (vol. 29 / n° 116), p. 45-61
[7] Corman, B., Le sommeil des seniors, Gérontologie et société 2006/1 (vol. 29 / n° 116), p. 45-61
[8] Nguyen-Michel, V.H. Lâm, X.Y. Sebban C., Le sommeil et ses troubles chez le sujet âgé, L'information psychiatrique 2010/1 (Volume 86), p. 57-65
[9] Nguyen-Michel, V.H. Lâm, X.Y. Sebban C., Le sommeil et ses troubles chez le sujet âgé, L'information psychiatrique 2010/1 (Volume 86), p. 57-65
[10] Nguyen-Michel, V.H. Lâm, X.Y. Sebban C., Le sommeil et ses troubles chez le sujet âgé, L'information psychiatrique 2010/1 (Volume 86), p. 57-65
[11] Corman, B., Le sommeil des seniors, Gérontologie et société 2006/1 (vol. 29 / n° 116), p. 45-61
[12] Quand le sommeil prend de l’âge, Enquête INSV/BVA/MGE, Janv. 2010
[13] Quand le sommeil prend de l’âge, Enquête INSV/BVA/MGE, Janv. 2010
[14] Quand le sommeil prend de l’âge, Enquête INSV/BVA/MGE, Janv. 2010
[15] Quand le sommeil prend de l’âge, Enquête INSV/BVA/MGE, Janv. 2010
[16] Quand le sommeil prend de l’âge, Enquête INSV/BVA/MGE, Janv. 2010
[17] Quand le sommeil prend de l’âge, Enquête INSV/BVA/MGE, Janv. 2010
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Dr Thierry CASTERA, rédacteur médical